En séjour prolongé à StGervais, Cyril est de passage pour le weekend. Nous décidons d'aller skier.
Après moult hésitations sur la destination, nous convergeons vers la Brèche Puiseux au Périades (non non, c'est bien le bon article, attendez un peu), après une nuit au Requin.
Départ donc depuis le télé de l'Aiguille, skis en main.
Sur l'arête de l'Aiguille, nous voyons descendre un gars en Face Nord... impressionnant.
Nous chaussons au pied de l'arête, et la descente de la Vallée Blanche est bonne, mais commence à manquer un peu de neige après l'hiver.
Pause au Requin, où nous prévoyons de passer la nuit. Manque de bol c'est full, pas moyen de trouver un lit pour la nuit, ni même un coin de table, ni même la niche du chien. Note pour plus tard: Réserver, c'est pas plus con.
Loose, puis cellule de crise, il faut changer d'itinéraire, pour ne pas perdre notre motivation. Départ pour Leschaux, pui demain pour l'Aiguille de l'Eboulement par le couloir S0.
On rechausse donc, et c'est reparti pour la Salle à Manger, puis la jonction des glaciers, et on met les peaux pour remonter à Leschaux.
L'arrivée à Leschaux est mythique: cette horrible boîte d'allumettes en aluminium perchée en haut de cônes de neige pourris...
Mais c'est mythique aussi parce qu'on sait qui y a dormi, dans ces couchettes dures et froides.
La soirée est sympa, ça discute tranquillement montagne, avec vue sur l'Aiguille du Tacul (un futur objectif, je me le promets).
Lendemain matin, lever 4h, départ à la frontale pour remonter un bout du Glacier de Leschaux, puis approcher du Couloir qui nous intéresse.
Je me sens moyen en forme ce matin, et je peine à avancer dans la montée. Pour continuer la loose, on n'a pas pris de couteaux, et on lutte un peu dans les pentes sous le couloirs sur la neige gelée.
On finit tout de même par arriver à l'attaque, accompagnés de 2 autres skieurs.
Je décide d'en rester là, je ne me sens pas en forme pour encaisser les 500m de couloirs (ni en montée, et encore moins en descente). Je délcare donc forfait, et décide d'attendre ici, avec un des 2 skieurs qui vien de péter sa Diamir.
On se fait un thé et on papote pendant que son pote et Cyril partent skis au sac faire la trace dans la profonde.
Le reste des évènements, je le vis et je le vois depuis la base du couloir, avec l'autre skieur.
On voit donc nos 2 amis respectifs au sommet. Bien.
Puis ils chaussent. Cyril attaque les premiers virages (qqchose comme 50° gelé me diront-ils), puis chute.
A cette inclinaison, sur de la neige gelée, ça part vite. Très vite les 2 skis sont déchaussés, et il dégringole dans la pente comme un pantin, désarticulé.
400m de chute, puis sa chute est bloquée par un paquet de neige, vers le bas du couloir.
Il a perdu son sac à dos, dont les boucles ont explosé, ses skis, ses crampons fixés sur le sac se sont barrés et glissent dans le couloir, son piolet est parti...
Il ne bouge plus, il a fait 400m de chute violente, pour nous, vu du bas du couloir, il est mort.
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Le skieur parti avec lui enchaîne les virages dans le couloir pour le rejoindre. Il s'arrête à sa hauteur, reste un long moment accroupi à côté de lui.
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Il finit par le relever, et ils restent debout un long moment ensemble.
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Je prends la corde, crampons, et je pars les rejoindre.
A mi chemin, le skieur me rejoint et me dit que Cyril est très sonné, mais globalement ça va. Je passe la rimaye, je remonte le couloir, et finit par rejoindre Cyril.
Il est sous le choc, comme un enfant il faut tout lui faire: je l'encorde, on ramasse le matos qui traîne et que j'ai récolté à la montée, casque, piolet.
On descend à pied, j'essaye de le soutenir autant que possible tout en l'assurant...
Arrivés sur le replat, on examine son état: pouce gauche luxé (il sort au milieu de la main... glups), traumatisme facial (concrètement, il a la gueule en sang... il a du râcler sur la glace), et surtout il est complètement choqué.
Une de ses chaussures a explosé (au niveau du collier), ses fixs sont pétées et les skis sont inutilisables...
Les 2 skieurs partent pour la descente vers le Montenvers, après nous avoir prêté une paire de lunettes pour Cyril qui les a perdues dans le couloir.
Portable, 112.
''C'est pour un secours?''
''Oui''
''Vous êtes en Montagne?''
''Oui''
''Dans le massif du Mont-BLanc?''
''Oui''
Transfert vers le PGHM: je parle maintenant avec un gendarme. Explications de notre localisation, de nos habits, de l'état de mon ami, de la météo, du vent et des possibilités d'aterrissage.
5min plus tard l'hélico fait un passage, largue le médecin puis repart. Le médecin examine Cyril, rappelle l'hélico, me demande si je descends avec eux.
Tout seul sur un glacier à skis, à midi au mois de mai... bofbof.
L'hélico revient, nous prend au passage et s'enfuit vers la DZ des Bois.
Ensuite Hôpital de Chamonix en ambulance.
La suite est sans grand intérêt...
Les leçons à tirer sont les suivantes (dans le désordre, liste non exhaustive):
réserver les refuges
prévoir les couteaux à chaque sortie
préparer ses skis pour les couloirs
avoir un portable avec soi
remercier le pghm pour son efficacité et sa disponibilité
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Tout cela s'est passé il y a maintenant plus de 5 ans... les expériences forgent les skieurs et les montagnards.
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